Beurre et maladie cardiovasculaire, l’exemple de la Finlande pour explorer l’importance du contexte en épidémiologie
L’objectif de cet article n’est pas de porter un jugement définitif sur la relation entre la consommation de beurre et les maladies cardiovasculaires, ni entre celles-ci et le taux de cholestérol. Il s’agit plutôt d’utiliser ce sujet pour attirer l’attention sur l’importance du contexte en épidémiologie, et fournir quelques clés permettant de mieux identifier les faiblesses de telles études, et pourquoi il est délicat d’en tirer des conclusions.
L’idée n’est pas non plus d’attaquer les individus qui ont des opinions différentes, mais d’apporter des pistes de réflexion pour nuancer les conclusions parfois hâtives que l’on tire de ce type de données épidémiologiques.
Un réquisitoire contre le beurre
Une étude finlandaise publiée en 2010[i] a suivi l’évolution, entre 1972 et 2007, de ce qui constitueraient les « principaux facteurs de risques cardio-vasculaires » ; tabagisme, cholestérol et pression artérielle ; et leur lien avec la forte diminution de la mortalité cardiovasculaire en Finlande sur la même période.
L’étude a procédé via des enquêtes successives dans plusieurs provinces du pays chez les adultes d’âge moyen. La contribution de ces facteurs de risque à la mortalité a été analysée à l’aide de modèles de régression logistique.
L’étude conclut que la baisse de 80 % de la mortalité coronarienne en Finlande durant cette période s’explique en grande partie par la réduction des principaux facteurs de risque cardiovasculaire, qui, selon leur modèle de régression logistique, auraient contribué à environ 60 % de cette réduction.
Sur la même période, la consommation de graisses saturées est passée de 21 % à 13 % de l’apport calorique en Finlande, principalement via une réduction de la consommation de beurre.
Certains personnes extrapolent ces corrélations et en tirent le raccourci suivant : « En réduisant leur consommation de beurre, les Finlandais ont fortement réduit leurs problèmes cardiovasculaires. Réduire le beurre, et le taux de cholestérol, serait une mesure clé de prévention cardiovasculaire. »
En résumé, d’après eux :
Réduire le beurre -> Baisse du cholestérol -> Baisse de la maladie cardiovasculaire
Comme nous allons le voir, les fondations sur lesquelles s’appuie ce postulat reposent sur un terrain des plus instables.
Recontextualiser
Dans la suite de l’article, nous allons aborder divers éléments pour pondérer l’extrapolation qui est faite de ces données. L’objectif est de remettre celles-ci en perspective, dans un contexte global. Cela peut vous servir à porter un regard critique sur les affirmations souvent simplistes et réductionnistes qui abondent, non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi dans une partie de la littérature scientifique, parfois intentionnellement biaisée. Je ne prétends pas ici aborder tous les facteurs influençant ces données, seulement une sélection de ceux que je considère comme significatifs. N’hésitez pas à partager en commentaire les vôtres.
Modèle statistique et facteurs de risques
Dans l’étude finlandaise, il est crucial de différencier ce qui est factuel, mesuré (la mortalité coronarienne ou le taux de cholestérol par exemple) de ce qui est estimé, c’est-à-dire calculé sur la base d’un modèle mathématique prédéterminé.
L’attribution de 60% de la diminution de la mortalité attribuée aux trois facteurs de risques sélectionnés, par exemple, n’est pas mesurée directement, mais prédite par leur modèle statistique.
Comment cela fonctionne-t-il ?