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La supplémentation en zinc améliore l’hyperperméabilité intestinale dans la maladie de Crohn

by Jeremy Dalzon
Jun 26, 2026
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Sturniolo, Giacomo C., Di Leo, Vincenza, Ferronato, Antonio, D’Odorico, Anna and D’Incà, Renata. “Zinc Supplementation Tightens ‘Leaky Gut’ in Crohn’s Disease.” Inflammatory Bowel Diseases vol. 7,2 (2001): 94-98. doi:10.1097/00054725-200105000-00003.


Introduction

La maladie de Crohn est fréquemment associée à une augmentation de la perméabilité intestinale, y compris chez des patients en rémission clinique. Cette altération de la fonction barrière est considérée comme un facteur favorisant les rechutes et pourrait participer au maintien d'une inflammation chronique de bas grade.

Le zinc est un oligoélément essentiel impliqué dans de nombreux processus biologiques, notamment l'intégrité des membranes cellulaires, le fonctionnement des enzymes et le maintien des jonctions serrées qui assurent la cohésion de l'épithélium intestinal. Plusieurs travaux avaient déjà suggéré qu'une carence en zinc pouvait augmenter la perméabilité intestinale.

Dans cette étude, les chercheurs ont évalué l'effet d'une supplémentation en zinc chez 12 patients atteints de maladie de Crohn en rémission mais présentant une hyperperméabilité intestinale objectivée par un test lactulose/mannitol. Après huit semaines de supplémentation, une amélioration significative de la perméabilité intestinale a été observée, avec une normalisation du test chez la majorité des participants.

Fait particulièrement intéressant, cette amélioration est survenue sans modification significative des marqueurs inflammatoires. Les résultats suggèrent donc que le zinc pourrait agir directement sur la fonction de barrière intestinale plutôt que par un simple effet anti-inflammatoire.

Cette étude apporte ainsi un argument supplémentaire en faveur du rôle fondamental du zinc dans le maintien de l'intégrité intestinale et ouvre des perspectives intéressantes dans la prise en charge des troubles associés à une hyperperméabilité intestinale.

 

Méthode utilisée

Cette étude est un essai clinique interventionnel dans lequel les chercheurs ont recruté 12 patients atteints de maladie de Crohn en rémission clinique depuis au moins trois mois mais présentant une hyperperméabilité intestinale confirmée à deux reprises par un test de perméabilité intestinale.

Les participants ont reçu une supplémentation en sulfate de zinc à raison de 110 mg trois fois par jour (soit environ 75 mg de zinc élémentaire quotidiennement) pendant une durée de huit semaines.

Avant et après la supplémentation, les chercheurs ont évalué :

  • la perméabilité intestinale à l’aide du test lactulose/mannitol 
  • plusieurs marqueurs biologiques, notamment la CRP, la vitesse de sédimentation (VS), la numération leucocytaire et différents paramètres nutritionnels

L’objectif principal était de déterminer si la supplémentation en zinc permettait d’améliorer l’intégrité de la barrière intestinale chez ces patients.

 

Données

Avant la supplémentation, le rapport lactulose/mannitol moyen était de 0,041 ± 0,005. Après huit semaines, il est passé à 0,026 ± 0,003, soit une diminution statistiquement significative (p = 0,0028). Cette amélioration est principalement liée à une diminution du passage du lactulose à travers la muqueuse intestinale dont l'excrétion urinaire est passée de 0,270 ± 0,073 % à 0,160 ± 0,027 % (p = 0,0016). En revanche, l'excrétion du mannitol est restée stable, suggérant que le zinc n'a pas modifié l'absorption intestinale globale mais a spécifiquement amélioré l'intégrité de la barrière intestinale.

 

 

Après huit semaines de supplémentation : 

  • 9 des 12 patients présentaient une normalisation de leur test de perméabilité intestinale.
  • 2 patients conservaient une hyperperméabilité
  • 1 patient n'a montré aucune amélioration

 

Lors du suivi, aucun des patients ayant retrouvé une perméabilité normale n'a présenté de rechute, tandis qu'un des patients dont le test restait anormal a rechuté dans les deux mois suivants. 

Les chercheurs ont également évalué plusieurs marqueurs biologiques, notamment la CRP, la vitesse de sédimentation et la numération leucocytaire. Aucun changement significatif n'a été observé.

Discussion

Les auteurs considèrent que cette étude confirme le rôle potentiel du zinc dans le maintien de l'intégrité de la barrière intestinale. La supplémentation a permis une amélioration significative de la perméabilité intestinale chez des patients atteints de maladie de Crohn en rémission, sans modification notable de l'activité clinique de la maladie ou des marqueurs inflammatoires.

Pour expliquer ces résultats, les chercheurs rappellent que plusieurs travaux antérieurs ont montré qu'une carence en zinc augmente la perméabilité intestinale et réduit le nombre de jonctions serrées entre les cellules épithéliales. À l'inverse, une supplémentation permettrait de restaurer l'intégrité de ces structures et de renforcer la fonction de barrière intestinale. Ils soulignent également que le zinc pourrait protéger les cellules intestinales contre les effets de certaines cytokines inflammatoires, notamment le TNF-α.

Les auteurs notent que l'amélioration du rapport lactulose/mannitol observée dans cette étude n'a pas été accompagnée d'une modification significative des marqueurs biologiques de l'inflammation. Selon eux, cette observation suggère que c'est bien le zinc qui eu l'effet sur l'amélioration de la barrière intestinale et non la diminution de l'inflammation.

Enfin, les chercheurs rappellent que plusieurs études ont associé une hyperperméabilité intestinale persistante à un risque accru de rechute dans la maladie de Crohn. Bien que le faible nombre de participants ne permette pas de tirer de conclusions définitives, ils estiment que la correction de cette hyperperméabilité pourrait représenter une cible thérapeutique intéressante et justifier la réalisation d'études plus larges.

 

Conflits d’intérêt

Les auteurs déclarent explicitement ne pas avoir de conflit d’intérêt.

 

Mon interprétation

Dans la pratique, lorsqu'une personne présente une dysbiose, un SIBO ou une maladie inflammatoire chronique de l'intestin, il est très fréquent d'observer également une altération de la barrière intestinale. Ces phénomènes ont tendance à s'entretenir les uns les autres et à créer des cercles vicieux.

Lorsqu'on est face à un tableau clinique associant troubles digestifs, intolérances alimentaires, fatigue après les repas, brouillard mental, problèmes de peau ou manifestations inflammatoires chroniques, la question de la perméabilité intestinale mérite souvent d'être posée.

D'après moi ce que montre cette étude, c'est qu'un nutriment aussi simple que le zinc peut avoir un impact significatif sur l'intégrité de cette barrière. Pour moi, c'est un point essentiel. On cherche souvent des solutions complexes pour réparer l'intestin alors qu'on oublie parfois de vérifier si les briques de base nécessaires à son bon fonctionnement sont réellement présentes.

Le zinc fait probablement partie de ces briques fondamentales. Il intervient dans de nombreux processus physiologiques et cette étude suggère qu'il joue un rôle important dans le maintien des jonctions serrées et de la fonction barrière intestinale.

Je pense également que ce sujet est particulièrement d'actualité. Les principales sources alimentaires de zinc sont les fruits de mer et surtout la viande rouge. Or, par ma pratique, j'observe une diminution de la consommation de viande rouge dans une partie de la population (inluencée probablement par les recommandations générales étatiques). Dans le même temps, les viandes blanches et aliments végétaux contiennent généralement moins de zinc et celui-ci y est souvent moins biodisponible. Cela me fait fortement penser qu'un nombre non négligeable de personnes pourraient aujourd'hui présenter des apports sous-optimaux sans forcément le savoir.

Un autre point qui retient mon attention est le lien entre le zinc et le foie. Le zinc intervient dans de nombreuses fonctions hépatiques et nous avons vu dans d'autres articles publiés sur Solsten que le foie influence directement la santé intestinale, notamment via la production de bile et la composition des acides biliaires. Or une altération du profil des acides biliaires peut elle-même favoriser une inflammation locale et une augmentation de la perméabilité intestinale.

Pour cette raison, j'ai tendance à considérer le zinc comme un nutriment particulièrement important lorsqu'une personne présente des troubles digestifs chroniques, des problèmes de peau ou un tableau évocateur de perméabilité intestinale. Non seulement pour son action potentielle sur la barrière intestinale mais également pour son rôle plus global dans l'équilibre digestif et hépatique.

Un dernier point, le zinc utilisé dans cette étude est le sulfate qui est dans ma vision une forme mal assimilée. Je travaille plutôt avec du picolinate par exemple. Et 75mg de zinc élémentaire est une dose très élevée. Je ne recommande pas de travailler avec de telles doses surtout sur le long terme au risque de déséquilibrer d'autres nutriments ou d'entrainer une "détoxification" trop forte.

 

Jérémy Dalzon

 

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