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La lactoferrine dans la santé humaine : mécanisme d'actions et utilisation thérapeutique - étude

by Jérémy Dalzon
Apr 28, 2026
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Lactoferrine : une glycoprotéine jouant un rôle important dans la santé humaine

Xiang Cao, Yang Ren, Qinyue Lu, Kun Wang, Yanni Wu, YuHao Wang, Yihui Zhang, Xiang-Shun Cui, Zhangping Yang, Zhi Chen “Lactoferrin: A glycoprotein that plays an active role in human health" Front Nutr. 2023 Jan 5:9:1018336. Doi: 10.3389/fnut.2022.1018336. eCollection 2022.


Résumé

La lactoferrine est une glycoprotéine largement présente dans les sécrétions humaines (colostrum, salive, larmes, muqueuses), jouant un rôle majeur dans l’immunité innée. D’abord utilisée historiquement — notamment par les chevaliers au Moyen-Âge via le colostrum — pour favoriser la cicatrisation, elle est aujourd’hui étudiée pour ses vastes propriétés antimicrobiennes, antivirales, anti-inflammatoires, antioxydantes, immunomodulatrices et même anticancéreuses. L’étude examinée résume les mécanismes d’action de la lactoferrine, ses rôles physiologiques, ses effets sur les infections aiguës (dont la COVID-19), les maladies chroniques, les troubles neurodégénératifs, les pathologies intestinales, le cancer, ainsi que ses applications nutritionnelles et industrielles. 

 

Méthode

 

L’analyse repose sur une revue narrative de la littérature scientifique portant sur :

  • la structure biochimique de la lactoferrine,
  • ses interactions avec le fer et d’autres ions métalliques,
  • ses mécanismes antimicrobiens et antiviraux,
  • ses effets dans diverses pathologies (infectieuses, métaboliques, intestinales, cancéreuses, neurodégénératives),
  • ses usages cliniques et industriels.

Les auteurs intègrent aussi des données animales, in vitro et cliniques humaines, notamment autour de la COVID-19, de l’hypertension, des polypes colorectaux et des troubles du microbiote.

 

Données brutes

1) Présentation et structure de la lactoferrine

La lactoferrine est une glycoprotéine appartenant à la famille des transferrines. En effet, sa caractéristique principale est qu'elle est capable de se lié au fer, modulant son transport et sa disponibilité. Le nom "lactoferrine" vient du fait que cette protéine est particulièrement présente dans le lait maternel et qu'elle est liée au fer.

Cependant, elle a d'autres fonctions. C'est

  • un constituant majeur de l’immunité non spécifique. En effet, elle est présente dans toutes les sécrétions muqueuses (salive, mucus, larmes..) donc elle fait partie de la barrière primaire de défense face aux substances étrangères et pathogènes
  • un modulateur immunitaire : elle régit l'équilibre entre défense et inflammation
  • un agent antimicrobien, antiviral, antifongique et antiparasitaire dont le mécanisme d'action sera détaillé ci-dessous
  • une molécule antioxydante capable de réduire les radicaux libres et le stress oxydatif ;
  • un biomarqueur potentiel du vieillissement, du syndrome de l’intestin irritable (SII), des infections virales et des MICI.

FIGURE 2

La structure de la lactoferrine est un polypeptide bilobé lié à 2 atomes de fer (en rouge)

Elle existe sous différentes formes :

  • apo-lactoferrine (faiblement saturée en fer) → la plus antibactérienne et antioxydante, elle a une affinité très grande à chélater le fer
  • holo-lactoferrine (hautement saturée).
    Elle peut également se lier à d’autres ions : Cu, Mg, Zn, ce qui élargit son spectre d’action physiologique et antimicrobienne.

Enfin, il existe une similitude entre la lactoferrine humaine et celles d'autres mammifères. Par exemple, l'homologie en acide aminées entre la lactoferrine humaine et bovine est de 70%.

 

2) Propriétés antimicrobiennes et mécanismes d’action

 

La lactoferrine agit contre les bactéries par trois mécanismes majeurs :

  1. Privation du fer libre
    Elle chélate le fer libre nécessaire aux bactéries pathogènes pour se développer empêchant ainsi leur prolifération
  2. Perturbation des membranes
    Elle se fixe sur les parois bactériennes, en augmente la perméabilité et peut causer une destruction directe (effet bactéricide)
  3. Production de peptides antimicrobiens
    L’hydrolyse de la lactoferrine libère des peptides (ex : lactoferricine) qui détruisent directement les bactéries.

Une étude randomisé a montré que chez 60 femmes atteintes de vaginite bactérienne (VB), l'incidence de la VB diminuait après l'administration vaginale de 100 mg et 200 mg de Lf pendant 10 jours. De plus, le microbiote vaginal des patientes atteintes de VB était modifié et la proportion de Lactobacillus augmentait en conséquence (nous reviendrons sur cet aspect dans la partie consacré au lien entre lactoferrine et microbiote).

Elle possède aussi des effets antifongiques, antiparasitaires et modulateurs du microbiote.


3) Propriétés antivirales et mécanisme d'action

La lactoferrine est aussi efficace contre de nombreux virus via :

  • 1. Le blocage l’entrée du virus sur la cellule
    Elle se colle aux petites structures de la surface des cellules (les HSPG) avant que le virus puisse s’y attacher. 

    2. Elle attrape le virus directement
    Elle peut se fixer sur le virus lui-même, ce qui l’empêche de s’accrocher à la cellule (elle empêche cette "adsorption virale") et donc d’y entrer.

    3. Elle empêche le virus de progresser à l’intérieur
    Même si le virus réussit à entrer, Elle peut bloquer son trajet dans la cellule. Le virus ne peut plus libérer son matériel génétique, donc il ne peut pas se multiplier.

La lactoferrine a montré des bénéfices contre : COVID-19, virus de l'hépatite B et C, virus de l'herpès, rotavirus, poliovirus… et de nombreux autres virus lors d’études in vitro et in vivo.

En résumé, la lactoferrine est un modulateur de l'immunité innée et acquise des mammifères, qui repose sur sa capacité à se lier à des structures conservées des pathogènes.

 

4) Propriétés immunomodulatrices

La lactoferrine est une protéine clé du système immunitaire des mammifères. Elle reconnaît des éléments communs à de nombreux microbes, ce qui lui permet d’aider l’organisme à se défendre de façon à la fois rapide (immunité innée) et plus ciblée (immunité acquise).

Elle peut également devenir une molécule anti-inflammatoire, capable de calmer les réactions immunitaires excessives. Pour cela, elle se lie à différents récepteurs présents sur les cellules du système immunitaire, comme les lymphocytes, les macrophages, les cellules dendritiques ou les cellules NK.

Plusieurs études animales montrent son potentiel thérapeutique :

  • elle réduit la douleur neuropathique en bloquant une voie inflammatoire dans la microglie

  • administrée par voie orale sous forme liposomale, elle prévient efficacement la progression de la polyarthrite rhumatoïde chez les souris en inhibant la production du facteur de nécrose tumorale (TNF-α) dans le pancréas

  • sous forme « apo-lactoferrine », elle atténue les inflammations intestinales induites par le LPS en modulant une voie clé de l’inflammation (PPAR-γ / NF-κB).

En résumé, la lactoferrine apparaît comme un modulateur immunitaire polyvalent, capable à la fois de soutenir les défenses et de limiter l’inflammation lorsque celle-ci devient nuisible.

 

5) Applications dans le traitement des maladies humaines

Infections et COVID 19

La lactoferrine est utilisée en clinique depuis plusieurs décennies pour ses propriétés antimicrobiennes et immunomodulatrices. Depuis la pandémie de COVID-19, elle a suscité un regain d’intérêt car elle apparaît comme une molécule non toxique et polyvalente pouvant réduire le risque d’infection par le SARS-CoV-2 et soutenir la réponse immunitaire des patients. Certains papiers la qualifient carrément de "molécule miracle".

Chez les personnes atteintes de COVID-19, on observe souvent une augmentation du fer libre et une hyperferritinémie, signes d’un déséquilibre du métabolisme du fer. Ce fer en excès favorise la production d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), entraînant des dommages oxydatifs qui aggravent l’inflammation. La lactoferrine peut atténuer ce processus en captant les ions fer libres, limitant ainsi le stress oxydatif — un effet d’autant plus marqué que la protéine est faiblement saturée en fer.

Diabète/cicatrisation

Des travaux récents montrent que la lactoferrine pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline. Une étude sur le lait de chamelle a notamment observé que la lactoferrine bovine peut activer le récepteur de l’insuline et stimuler des voies de signalisation majeures comme AKT et ERK1/2 ce qui contribue à une meilleure régulation du glucose. Par ailleurs, il a été démontré que la lactoferrine bovine permet l'éradication de Bacillus purpureus et la réduction de Staphylococcus aureus dans les plaies de souris diabétiques. Elle peut également favoriser la migration des kératinocytes et l'angiogenèse chez ces souris, contribuant ainsi à la cicatrisation des plaies.

Hypertension

La lactoferrine est également une source de peptides antihypertenseurs capables d’inhiber l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ECA). Par exemple, la lactoferrine bovine a montré une réduction de la pression artérielle chez le rat hypertendu, suggérant un potentiel thérapeutique dans la modulation de la tension artérielle.

Ostéoporose

La lactoferrine agit aussi comme facteur anabolique osseux : elle stimule la prolifération des ostéoblastes et freine la formation des ostéoclastes. Une étude in vivo a démontré son efficacité contre l’ostéoporose post-ménopausique chez le rat, confirmant son rôle dans la protection et la reconstruction osseuse.

Maladies neuro-dégénératives

Les troubles comme Alzheimer, Parkinson, la dépression, la démence ou la sclérose en plaques sont fréquemment associés à une dysrégulation du fer et un excès de radicaux libres (ROS). La lactoferrine, en modulant le fer et l’inflammation, est considérée comme un candidat thérapeutique potentiel. Elle pourrait aussi favoriser la différenciation des cellules neuronales et favoriser la régénération de certains neurones. En effet,  des études ont montré par exemple que les taux plasmatiques de lactoferrine sont inversement corrélés à la gravité de la maladie de Parkinson en comparant des groupes de personnes atteintes et non atteintes de cette maladie.

Santé intestinale

La lactoferrine (Lf) aide à maintenir un microbiote intestinal sain en freinant les bactéries pathogènes et en favorisant les bactéries bénéfiques comme Lactobacillus et Bifidobacterium. Une étude réalisée chez 48 nourrissons a montré que des taux élevés de Lf dans les selles, trois jours après la naissance, étaient associés à une plus grande présence de ces bonnes bactéries, ce qui suggère qu’elle soutient leur installation dès le début de la vie.

La Lactoferrine bovine, protège aussi la muqueuse intestinale et peut limiter certaines infections virales. Par exemple, un essai clinique japonais a montré que celle-ci réduisait l’infection par le norovirus humain.

Chez les prématurés, plusieurs essais cliniques ont rapporté une baisse des septicémies néonatales tardives après supplémentation en lactoferrine, même si une étude plus récente menée sur plus de 2 000 grands prématurés n’a pas confirmé cet effet, ce qui montre que les résultats varient selon les populations.

Un essai clinique chez des patients japonais atteints de polypes colorectaux a également montré que la prise quotidienne de 3 g de lactoferrine bovine pendant un an ralentissait clairement la croissance des polypes, tout en augmentant l’activité immunitaire (hausse de la lactoferrine endogène, activation des cellules NK, présence accrue de cellules CD4+ et CD161+).

Cancer

La lactoferrine est cytotoxique pour les cellules cancéreuses. Des études in vitro montrent qu’elle inhibe spécifiquement les cellules de carcinome épidermoïde oral (OSCC) et induit leur apoptose.

 

 

Interprétation et discussion

La lactoferrine apparaît comme une molécule polyvalente engrenée dans de nombreux mécanismes fondamentaux :

  • gestion du fer,
  • immunité innée,
  • protection antimicrobienne,
  • régulation du stress oxydatif,
  • modulation du microbiote,
  • soutien de la barrière intestinale,
  • effets anticancéreux et neuroprotecteurs.

Sa capacité à agir simultanément sur le fer, l’inflammation et l’immunité lui permet d’influencer une large gamme de pathologies. De plus, son rôle dans les muqueuses en fait un acteur-clé des défenses de première ligne.

Les résultats chez l’homme restent encore hétérogènes selon les populations et les dosages, mais la cohérence mécanistique et la sécurité d’emploi en font un outil thérapeutique prometteur, particulièrement dans les infections virales, les troubles intestinaux, la dysrégulation immunitaire et les conditions liées au fer.

Les chercheurs ajoutent que la lactoferrine est déclarée non toxique par les autorités sanitaires, même à doses élevées. 

 

Ma lecture

Ce travail offre, à mon sens, une excellente porte d’entrée pour « apprivoiser » la lactoferrine et comprendre pourquoi elle suscite autant d’intérêt en thérapeutique. Ce qui ressort surtout de ce papier, c’est l’ampleur de son spectre d’action : activité antimicrobienne, modulation immunitaire, protection des muqueuses, soutien métabolique… La lactoferrine se comporte véritablement comme un élément de l’immunité innée, une sorte de sentinelle polyvalente capable d’agir là où l’organisme en a besoin. C’est probablement ce caractère non spécifique — mais profondément régulateur — qui m'intéresse chez elle. 

En tant que naturopathe, je cherche toujours à rééquilibrer le terrain, combler les carences et baisser la toxicité pour que le corps ait le contexte favorable pour se régénérer. En ce sens, la lactoferrine s'inscrit parfaitement dans cette vision.

Un point essentiel pour la pratique : la lactoferrine est non toxique, ce qui la distingue de nombreuses molécules utilisées en modulation immunitaire. Sa grande marge de sécurité la rend particulièrement intéressante pour des approches de terrain, dans un objectif de soutien global de la vitalité et de diminution de la charge toxique de l’organisme. C’est d’ailleurs l’usage que j’en fais : non pas comme un « traitement ciblé », mais comme un levier pour améliorer le milieu interne, soutenir l’immunité et abaisser les phénomènes inflammatoires et oxydatifs.

Le principal frein reste aujourd’hui son coût qui limite parfois son usage continu. Comparé à d'autres compléments, une bonne lactoferrine sera entre 30 et 60€ généralement.

Enfin, ce papier n’aborde qu’une partie de son potentiel : d’autres travaux montrent un rôle très intéressant au niveau hépatique, notamment la protection hépatique et la modulation de l’inflammation. Je souhaite écrire de futurs articles sur cet aspect.

En résumé, la lactoferrine est une molécule rare : polyvalente, physiologique, bien tolérée et dotée d’un potentiel thérapeutique large. Ce n’est pas une « solution miracle », mais une brique fondamentale pour soutenir l’organisme dans son ensemble — ce qui en fait un outil précieux dans une approche intégrative centrée sur la vitalité et la réduction de la toxicité interne.

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