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Le métabolisme énergétique, pierre angulaire de notre santé

by Christian Petten
May 09, 2026
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Contenu de l’article

  1. L’énergie : le fondement du vivant
  2. L’énergie ne sert pas qu’à bouger
  3. Quand “en faire plus” devient “en faire trop”
  4. Les mitochondries : au cœur de la vie cellulaire
  5. Oxydation : le moteur énergétique du vivant
  6. L’oxydation n’est pas l’ennemi
  7. Quelques rôles méconnus du CO₂
  8. Comment soutenir les niveaux de CO₂
  9. Quand l’oxydation déraille
  10. Le vrai rempart contre le stress oxydatif
  11. L’organisme comme structure dissipative
  12. Eumétabolisme et dismétabolisme
  13. L’approche prométabolique
  14. Thyroïde, stress et adaptation
  15. Prolifération cellulaire et maladies chroniques
  16. Connectons les points
  17. Le rôle central de l’intestin
  18. Conclusion

✍️ Cet article est la version originale, non éditée, d’un texte rédigé pour la revue Alternatif Bien-Être. Afin de mieux correspondre aux contraintes du format papier et à leur lectorat, l’article publié avait été raccourci et remanié. J’avais toutefois demandé l’autorisation de proposer sur Solsten la version complète et non retouchée. C’est donc cette version intégrale que je vous propose ici.

Je remercie chaleureusement l’équipe d’Alternatif Bien-Être pour leur confiance et pour m’avoir permis de republier cet article sur Solsten afin de vous en faire profiter.

Je vous invite à découvrir cette revue indépendante qui propose un regard large et pointu sur les solutions alternatives de santé, en donnant la parole à des experts aux approches variées et parfois peu connues. Alternatif Bien-Être vous propose chaque mois 32 pages d’informations sur la santé naturelle : dernières actualités, interviews de spécialistes, articles exclusifs et dossier complet sur une grande maladie. En complément, vous y trouverez également une sélection de livres, l’agenda et le courrier des lecteurs.

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L’énergie : le fondement du vivant

 

Nous avons tous une intuition plus ou moins diffuse de ce qu’est l’énergie. Pourtant, elle reste probablement l’un des plus grands mystères de l’univers. Dès qu’on cherche à la définir, l’énergie échappe à une saisie directe : on ne l’appréhende qu’à travers ce qu’elle produit ou modifie, jamais en elle-même. Et pourtant, elle est partout : dans notre monde, notre société, notre biologie. Nous nous contenterons ici d’une définition simple et largement compréhensible : l’énergie est « la capacité de produire un travail ou de provoquer une transformation ».

L’énergie n’est ni illimitée, ni gratuite, pour un être vivant. Il est utile de le souligner d’emblée. L’organisme doit mettre en œuvre d’importantes ressources, énergie comprise, pour acquérir les substrats depuis son environnement, puis les digérer et les métaboliser pour les transformer en « énergie utile ou libre » (ATP), ou encore pour les stocker en réserve (graisses, glycogène). Il existe une infinité de facteurs qui peuvent perturber ces processus : carences et toxicité d’origines diverses, stress, inadéquation métabolique ou hormonale…

 

L’énergie ne sert pas qu’à bouger

 

Beaucoup s’imaginent que le rôle de l’énergie se limite à l’activité physique. Certains comprennent aisément qu’elle est nécessaire à l’activité cognitive. Mais peu réalisent que le flux d’énergie est nécessaire au développement, à la régénération et même au simple maintien de notre structure physique : la cohérence de notre substance vivante jusque dans ses plus petits niveaux d’organisation dépend de l'énergie. Le sommeil lui-même, pour être réparateur et profond, nécessite des niveaux énergétiques suffisants : lorsque la fatigue est extrême, on dort mal, l’organisme et les cellules se trouvant en état d’excitation et de stress.

Lorsqu’un organisme investit de l’énergie dans un processus, celle-ci n’est plus disponible pour d’autres fonctions. Si un individu consacre beaucoup d’énergie à une activité physique, ou pour se réchauffer suite à un bain froid prolongé, d’autres fonctions de l’organisme en pâtissent et s'en retrouvent diminuées[1] [2] [3] [4]. Ces aspects sont trop souvent ignorés lorsque l’on parle de l'hormèse et de ses bénéfices supposés. En réalité, l’hormèse et le stress sont inévitables. La vraie question, celle que l'on devrait se poser, est la suivante : « Est-il bénéfique, dans ma situation, d’ajouter volontairement du stress et de taxer mes niveaux énergétiques ? » Il n’y a pas de réponse universelle à cette question.

 

Quand “Faire plus” devient "Faire trop”

 

Un exemple concret tiré de mon expérience avec mes clients : un homme dans la cinquantaine, père de plusieurs enfants et entrepreneur indépendant en difficulté financière, souhaitait perdre du ventre. Alors, presque chaque soir, il se rendait à 22h30 à la salle de sport pour y « brûler des calories » jusqu’à minuit. Il était ensuite incapable de s’endormir avant 2h du matin, et son sommeil restait instable, ponctué de réveils, souvent pour uriner. Puis, il devait se lever à 6h pour démarrer une journée intense, entre travail et obligations familiales.

Dans son contexte, « faire plus » signifiait clairement « faire trop ». Son tour de ventre ne diminuait pas d’un centimètre, au contraire : sous l’effet du cortisol, élevé en réponse à ce stress constant, son organisme, persuadé d’évoluer dans un environnement difficile et précaire, stockait autant qu’il le pouvait, en zone abdominale. Par-dessus le marché, l’homme était évidemment épuisé, abattu. Pour lui, lever le pied s’est avéré salvateur.

 

Les mitochondries : au cœur de la vie cellulaire

 

Les mitochondries, ces petits organites fascinants. À mesure que la recherche progresse, on découvre leur importance démesurée dans la santé cellulaire et dans celle de l’organisme entier. On les résume souvent comme les « centrales énergétiques de nos cellules », produisant la grande majorité de l’ATP (la « molécule énergétique » principale). Mais leur rôle ne s’arrête pas là. Les mitochondries sont un site de production de nombreuses molécules vitales comme le cholestérol, la prégnénolone (la « mère » de tous les stéroïdes), certains acides aminés ou encore l’hème. Elles jouent aussi un rôle central de signalisation cellulaire, contrôlent l’apoptose (la mort programmée et contrôlée des cellules) et possèdent même leur propre ADN, distinct de celui du noyau. C’est l’une des raisons qui ont conduit à la théorie selon laquelle les mitochondries seraient, à l’origine, des organismes unicellulaires à part entière, qui furent « intégrés » à d’autres cellules dans une relation symbiotique[5].

Elles sont présentes dans toutes les cellules humaines vivantes à l’exception notable des globules rouges, qui part leur nombre, constituent paradoxalement la majorité des cellules de notre corps.

 

Oxydation : le moteur énergétique du vivant

 

Le rôle des mitochondries dans la production énergétique est primordial. Sans elles, notre mode de production énergétique le plus efficace, l’oxydation, serait impossible. Or, l’oxydation présente une efficacité plus de 15x supérieure à la glycolyse lactique. Mais les différences ne s'arrrêtent pas là, et nous y reviendrons. Cette haute efficacité énergétique, obtenue grâce à la capacité oxydative des mitochondries, fut le moteur de l’évolution des organismes vivants vers des formes plus complexes, multicellulaires et multi-systèmes[6]. La fermentation, ou glycolyse lactique, métabolisme archaïque peu efficient, ne suffit qu’aux êtres primitifs, simples, peu évolués et prolifératifs, comme certaines bactéries.

Il est ainsi facile de comprendre pourquoi, lorsque le métabolisme énergétique oxydatif des mitochondries est perturbé, la santé d’un être vivant complexe comme l’humain se dégrade rapidement.

 

L’oxydation n’est pas l’ennemi

 

L’oxydation est essentielle au développement, à la régénération et au maintien de notre santé. Cette réalité peut créer une forte dissonance cognitive après des décennies de discours souvent simplistes et binaires sur les « bienfaits » des antioxydants et les « dangers » de l’oxydation. Il est donc crucial de nuancer et dépasser ces axiomes pour construire une vision cohérente du fonctionnement de l’organisme, mais aussi pour comprendre que l’apport d’antioxydants en masse n’est pas forcément une bonne solution [7] [8] [9].

Soulignons-le : l’oxydation est le moteur d’un organisme vivant complexe comme l’humain. C’est le processus même qui permet d’extraire la majorité de l’énergie contenue dans les aliments. L’arrêt de l’oxydation signifie pour nous une mort rapide.

Dans le métabolisme énergétique, les électrons sont, en résumé, « retirés » des différents substrats énergétiques, principalement les glucides et les lipides, puis transférés à l’oxygène, accepteur final d’électrons, qui est ainsi transformé en eau. C’est là un processus oxydatif.

O2​ + 4e− + 4H+ → 2H2​O : oxygène + 4 électrons + 4 protons = 2 molécules d’eau

Oui, les mitochondries produisent de l’eau, qu’on appelle eau physiologique, en métabolisant glucides et lipides. Dans ce processus, l’ATP est générée en quantités nettement supérieures que lors de la glycolyse lactique. L’ATP agit comme la « monnaie énergétique » des cellules, pouvant servir de carburant pour diverses réactions chimiques ou simplement pour maintenir la cohérence structurelle de la substance vivante, ce dernier point étant crucial et totalement sous-estimé. Une autre molécule primordiale est également produite durant ce processus : le CO2, ou dioxyde de carbone, dont l’importance physiologique fondamentale est, là aussi, souvent ignorée. Le CO2 est probablement l’une des molécules les plus essentielles aux organismes vivants. Si la vie peut exister sans oxygène, à ma connaissance, elle n’existe pas sans CO₂.

 

Quelques rôles méconnus du CO₂

 

Souvent considéré, à tort, comme un simple déchet métabolique, le CO₂ joue de nombreux rôles d’importance dans l’organisme. En voici quelques-uns :

  • Il permet la réelle oxygénation de nos cellules, via l’effet de Bohr : le CO₂ modifie la structure de l’hémoglobine (allostérie ou adsorption-induction) et permet la libération de l’oxygène qu’elle transporte. Ce faisant, le CO₂ assure une bonne oxydation mitochondriale.
  • Il permet la régulation du pH grâce à sa conversion en bicarbonate/acide carbonique.
  • Le CO2 est un vasodilatateur primaire, régulant la pression artérielle et le débit cardiaque. Il est particulièrement impliqué dans la vasodilatation des microcapillaires.
  • Il prévient la dégranulation mastocytaire, freinant la sécrétion excessive d’histamine.
  • Il influence l'expression génétique, par exemple la répression de la voie transcriptionnelle NFκB d’une manière anti-inflammatoire.
  • Il protège les lipides et les protéines contre l’oxydation.
  • Il protège contre la glycation en formant des groupes carbamino protecteurs avec les protéines.
  • Il est écessaire au fonctionnement des carboxylases dépendantes de la vitamine K, impliquées dans le métabolisme du calcium et la coagulation.
  • Il participe activement à la régulation des électrolytes intracellulaires, entraînant naturellement l'expulsion du calcium et du sodium depuis le milieu intracellulaire.
  • Il réduit ainsi les œdèmes cellulaires et les nombreux troubles qui y sont liés.
  • Il réagit avec l’ammoniac pour le neutraliser, dans la première étape de sa détoxification.
  • Etc.

 

Comment soutenir les niveaux de CO₂

 

Maintenir des niveaux suffisant de CO₂ est un aspect central dans l’approche prométabolique et bioénergétique. Ceci passe par :

  • Favoriser sa production à travers un métabolisme oxydatif mitochondrial efficient. L’oxydation du glucose permet de produire environ 40% de CO₂ en plus que celle des lipides, par unité d’oxygène consommée.
  • Si le glucose est « gaspillé » en fermentation lactique, le CO₂ n’est pas produit. En plus, il a tendance à être éliminé plus rapidement pour réguler le pH sanguin, suite à l’acidification causée par la production excessive d’acide lactique.
  • Réduire sa perte excessive induite par l’hyperventilation ou sur-respiration chronique qu’entraîne le stress. La pratique régulière et sans excès de la méthode respiratoire Buteyko est une solution envisgeable.

Chez les personnes présentant des troubles métaboliques, il est parfois pertinent de soutenir temporairement les niveaux de CO₂ physiologique par des apports exogènes, en attendant de corriger la cause profonde. Plusieurs modalités peuvent être envisagées selon la situation individuelle :

  • ingestion orale de bicarbonate de sodium en dehors des repas
  • bains de bicarbonate ou de CO₂ dissous
  • consommation d'eau gazeuse ou bains d'eau gazeuse
  • sprays nasaux au CO₂ pour soulager la congestion des sinus
  • utilisation de carbonates de calcium ou magnésium
  • dispositifs spécifiquement dédiés aux bains de CO₂ gazeux.

Si vous avez tendance à hyperventiler, à chercher votre air, il est très probable que vos niveaux de CO₂ soient suboptimaux.

 

Quand l’oxydation déraille

 

Bien sûr, le processus de la production énergétique oxydative comprend en réalité de nombreuses étapes, et chacune d’elles peut être affectée par des dysfonctionnements, entraînant un blocage ou un ralentissement de l’oxydation utile et contrôlée vers l’oxygène.

Lorsque de tels problèmes surviennent, ils entraînent toute une série de conséquences, parmi lesquelles :

  • Les électrons, alors mal canalisés, s’échappent et réagissent avec d’autres molécules, générant des radicaux libres de divers types. Le « stress oxydatif », c’est-à-dire l’oxydation incontrôlée et néfaste, augmente, entraînant des dommages multiples.
  • La production énergétique (ATP) diminue, tout comme celle d’eau physiologique et de CO2. La substance vivante se désorganise et perd de sa cohérence.
  • L’équilibre redox dérive vers le côté réductif, générant ce que l’on appelle un stress réductif [10].
  • Le stress réductif amplifie le stress oxydatif, ce qui peut paraître paradoxal au premier abord [11].
  • Lorsque c’est possible, la mitochondrie active des mécanismes protecteurs, comme le découplage, qui « évacue » les électrons de manière sécurisée. La cellule peut aussi augmenter la synthèse d’antioxydants endogènes pour neutraliser ces électrons hors de contrôle.
  • La cellule adopte un fonctionnement plus archaïque et réductif : sa production énergétique se tourne vers la glycolyse ou fermentation lactique, même en présence d’oxygène (effet Warburg, typique des cellules cancéreuses).
  •  La production chronique de lactate augmente. Son expulsion hors de la cellule acidifie le milieu extracellulaire en entraînant des protons, alors que le milieu intracellulaire s’alcalinise. L'excès de lactate amorce des processus inflammatoires et déstabilise les tissus environnants.

Tous ces effets modifient les caractéristiques chimiques et électroniques de la cellule et de son envrionnement, ce qui affecte profondément son fonctionnement ainsi que les signaux qu’elle émet.

 

Le vrai rempart contre le stress oxydatif

 

Ainsi, le premier et le meilleur des remparts contre le stress oxydatif n’est pas la panoplie d’anti-oxydants, mais un métabolisme oxydatif fluide, efficace, non-entravé, bien canalisé et contrôlé vers l’oxygène, ce qui génère en prime de l’énergie utile (ATP) et du CO2. Dans un tel contexte, un métabolisme oxydatif rapide engendre très peu de radicaux libres, contrairement à ce qui a longtemps été théorisé, quand on pensait que plus la production énergétique augmentait, plus la génération de radicaux libres augmentait elle aussi. Il s’avère que c’est l’inverse [12] [13] [14]. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Le rôle protecteur des antioxydants devient crucial lorsque cette mécanique déraille, ce qui est malheureusement fréquent dans notre population moderne. Mais il est essentiel de comprendre que les antioxydants ne constituent ni l’option primaire ni l'optimale : leur utilisation accrue implique nécessairement une baisse de l’efficacité énergétique cellulaire, les électrons étant détournés de la production d’énergie. Bien sûr, en contexte de stress oxydatif, il est préférable de limiter les dégâts directs grâce aux antioxydants, mais cela ne devrait pas nous faire perdre de vue l’essentiel : rétablir une oxydation utile, contrôlée, productrice d’énergie et de cohérence structurelle.

 

L’organisme comme structure dissipative

 

Un organisme vivant est fondamentalement une structure dissipative[15] : un système ouvert qui maintient sa structure, son organisation, grâce à un flux constant d’énergie issu de substrats exogènes, lumière comprise. Lorsque ce flux devient insuffisant, l’organisme n’a d’autre choix que de dissiper sa propre structure, c’est-à-dire de mobiliser ses propres tissus pour maintenir le flux d’énergie nécessaire.

Dans un tel contexte, défavorable, l’organisme cherche d’abord, à tout prix, à accéder à des ressources externes. Les hormones d’adaptation au stress comme l’adrénaline ou le cortisol s’élèvent et activent l’organisme pour le mettre en mouvement, réduisant la sensation de fatigue et la perception de la douleur. On sacrifie à court terme nos tissus pour accéder rapidement à des ressources externes et rétablir la situation. Certaines fonctions non-vitales sont aussi sacrifiées : régénération tissulaire, pensée complexe, etc. L’agressivité augmente, la pensée devient binaire, simpliste, autoritaire.

Mais cela n’est pas éternel : si la situation persiste, l’organisme bascule vers l’économie et la résignation. Le métabolisme global finit par ralentir et la structure se détériore.

 

Eumétabolisme et dismétabolisme

 

En explorant sur le sujet du métabolisme, je me suis rendu compte que les langues manquaient encore de mots pour différencier certains éléments, et que cela avait des conséquences jusque dans la recherche scientifique sur des sujets tels que la longévité ou plus généralement la santé. Le terme métabolisme désigne l’ensemble des réactions chimiques qui ont lieu dans un organisme : que celles-ci soient fondamentalement bénéfiques, structurantes, régénératives, ou au contraire néfastes et destructives, tout y est englobé sans distinction. Cela entretient une confusion dans l’interprétation des relations entre « métabolisme » et santé, par exemple quand on observe des corrélations entre « taux métabolique », santé et vieillissement.

Je pense qu’il serait pertinent de différencier le métabolisme utile et bénéfique du métabolisme néfaste et destructeur, au moins sur le plan conceptuel et linguistique. Il sera parfois difficile de tracer cette distinction avec précision sur le plan physiologique concret, et une zone grise persistera. Mais c’est également vrai pour de nombreux termes que nous utilisons couramment. Par exemple, nous différencions parfois le stress entre eustress et distress, alors que la frontière entre les deux est beaucoup plus floue et abstraite qu’elle ne l’est pour certaines facettes du métabolisme.

C’est pourquoi je pense que les termes eumétabolisme et dismétabolisme sont pertinents. L’eumétabolisme regrouperait l’ensemble des réactions métaboliques qui soutiennent l’organisme de manière positive, constructive et régénérative. Le dismétabolisme, quant à lui, comprendrait les réactions chimiques délétères, comme les peroxydations lipidiques, les oxydations destructrices et incontrôlées, ou la formation de lipofuscine et le gaspillage d’oxygène engendré par sa présence[16] [17]. En résumé, l’eumétabolisme regrouperait tout ce qui permet le maintien ou le développement d’une structure cohérente, et le dismétabolisme, tout ce qui dégrade la structure et sa cohérence.

 

L’approche prométabolique ou bioénergétique

 

Dans l’approche dite « prométabolique » ou « bioénergétique » de la santé, qui s’appuie largement sur les travaux en biologie et bioénergétique, notamment ceux d’Albert Szent-Györgyi, Gilbert Ling ou Raymond Peat, on considère comme central de favoriser un haut métabolisme utile (au sens de eumétabolisme) afin de soutenir la santé et la longévité. Raymond Peat résumait ainsi le principe directeur de la vie, et même de l’univers : énergie et structure sont interdépendantes à tous les niveaux. Le flux d’énergie structure la matière, et une structure cohérente permet un meilleur flux d’énergie. Lorsque le flux d’énergie faiblit, la structure perd sa cohérence et se dégrade. Inversement, lorsque la structure est perturbée, le flux d’énergie est entravé.

Imaginez une conduite d’eau au sommet d’une pente terreuse. Au début, l’eau s’écoule de manière désordonnée, freinée par les obstacles et les aspérités. Mais, progressivement, son écoulement façonne le terrain. Des sillons se forment. Le flux se concentre, se canalise et accélère. L'énergie organise la matière, la matière organisée favorise le flux, cercle vertueux du vivant.

Ceci s'observe aussi, par exemple, en électricité : il faut plus d'énergie pour initier un courant électrique que pour le maintenir.

Ces concepts apparaissent comme évidents à la lumière de nombreux travaux scientifiques, notamment ceux de Gerald H. Pollack[18] ou Sidney W. Fox[19].

 

Thyroïde, stress et adaptation

 

Chez la plupart des êtres vivants complexes, le métabolisme oxydatif est étroitement régulé par les hormones thyroïdiennes, elles-mêmes influencées par de nombreux facteurs. L’activité thyroïdienne, qui dépasse le simple fonctionnement de la glande thyroïde, reflète la perception qu’a l’organisme de son environnement. Lorsque ce-dernier est jugé favorable, riche en ressources et sûr, l’activité thyroïdienne augmente et l’organisme fonctionne à plein régime sur un mode énergétique oxydatif, efficace, phylogéniquement plus récent, avec un contrôle plus souple et décentralisé. À l’inverse, si l’environnement est perçu comme stressant, défavorable, pauvre en ressources ou dangereux, l’activité thyroïdienne diminue. L’organisme inhibe certaines fonctions non-vitales pour privilégier la survie à court terme au détriment du développement, de la complexité et de la santé à long terme, favorisant le métabolisme réductif plus archaïque (la glycolyse lactique), et un contrôle central plus rigide, moins efficient, par l’axe hypothalamo-hypophysaire.

 

Prolifération cellulaire et maladies chroniques

 

Ces mécanismes adaptatifs peuvent toutefois poser de sérieux problèmes à un être vivant hautement évolué comme l’être humain lorsqu’ils dominent de manière chronique. Pour mieux en saisir le sens, il faut remonter aux prémices de la vie.

Szent-Györgyi expliquait que la capacité de prolifération est un mécanisme archaïque partagé depuis l’aube de la vie par tous les organismes vivants. Pour les formes primitives, souvent unicellulaires, comme les bactéries, la prolifération est la stratégie par défaut : ces organismes se divisent sans réelle auto-régulation intrinsèque. C’est l’environnement, par la disponibilité des ressources, l’espace disponible, la concurrence ou la toxicité accumulée, qui limite leur prolifération. Tous les êtres vivants conservent cette capacité, mais les organismes plus évolués ont développé des mécanismes pour la réguler.

Nos propres cellules peuvent elles aussi basculer dans ce mode de fonctionnement prolifératif. Bien que cette capacité soit utile et nécessaire dans des contextes précis (par exemple la croissance de l’endomètre qui précède la nidation, ou la guérison de blessures), on comprend aisément les problématiques qui peuvent apparaître, chez un être vivant complexe et multicellulaire, lorsque la prolifération n’est pas correctement inhibée ou contrôlée par d’autres mécanismes. L'être humain est tributaire d'une cohérence globale de son organisme, avec une interrelation complexe et finement dosée entre ses différents tissus, qu’une prolifération locale incontrôlée met rapidement à mal.

Il est utile ici de rappeler que les maladies chroniques de type prolifératif sont particulièrement fréquentes dans notre société moderne : cancers, syndrome des ovaires polykystiques, endométriose, adénomes divers, hyperplasie de la prostate, fibromes, sclérodermie, etc.

 

Connectons les points

 

Connectons les points : lorsque l’environnement est défavorable, toxique, stressant, le métabolisme énergétique oxydatif et l’activité thyroïdienne diminuent. Les cellules basculent vers un métabolisme plus archaïque, réductif, davantage basé sur la glyolyse lactique. Ce basculement entraîne de profondes modifications chimiques et électroniques du milieu intracellulaire. L’un des résultats de ce basculement métabolique est l’activation ou le renforcement des mécanismes primitifs : la division cellulaire et la prolifération. Dans un organisme sain et fonctionnel, ces mécanismes ne sont activés que temporairement, lorsque c'est nécessaire, puis rapidement inhibés ou régulés par d’autres molécules, parmi lesquelles figurent notamment la progestérone, la DHT, les hormones thyroïdiennes ou les vitamines A et D3. À l’inverse, les oestrogènes comptent parmi les moteurs primaires de la division et de la prolifération non-différenciée. L’équilibre sur ce plan est crucial, et il se trouve qu'il est fortement perturbé dans notre monde moderne.

Diverses molécules, lorsqu’elles sont présentes en excès et de manière chronique, participent également à cette bascule vers la fermentation lactique en inhibant le métabolisme oxydatif et la production d’énergie mitochondriale. Parmi elles, et en plus des oestrogènes, on peut citer de manière non-exhaustive l’oxyde nitrique[20], le cortisol[21] et la parathormone[22] [23]. Toutes ces molécules augmentent lors de la réponse adaptative à différents stresseurs. Le manque de calcium alimentaire ou de vitamine D entraîne par exemple une hausse de la parathormone.

 

Le rôle central de l’intestin

 

La santé intestinale joue un rôle significatif dans ce tableau. En effet, la sphère intestinale est un lieu de perméabilité majeur, et nécessaire, avec l’environnement extérieur, et donc un lieu potentiel d’exposition à diverses toxicités. De nombreuses toxines sont produites par le microbiote intestinal, en particulier en cas de dysbiose sévère ou lorsque les colonies bactériennes prolifèrent de manière excessive. Le bon fonctionnement de la paroi intestinale est donc crucial : une membrane dysfonctionnelle, trop perméable, constitue une porte ouverte à la toxicité provenant du microbiote ou des aliments. Parmi les toxines microbiennes les plus étudiées figurent les lipopolysaccharides (LPS ou endotoxines), qui perturbent le métabolisme à tous les niveaux, inhibant l’oxydation mitochondriale [24] et créant les conditions d’un stress réductif et d’un basculement vers la glycolyse lactique. Des symptômes comme les gaz fréquents, les ballonnements, la constipation ou les selles décomposées constituent des signaux d’alerte qu’il serait imprudent d’ignorer, tant leurs causes sous-jacentes peuvent affecter profondément le métabolisme et l’organisme dans son ensemble.

 

Conclusion

 

Une partie significative des maladies chroniques et dégénératives, ainsi que le processus de vieillissement, se caractérisent par une altération du métabolisme énergétique, de la balance oxydoréductive et du pH[25] de la cellule, une dépolarisation relative[26], un stress oxydatif élevé, ainsi qu’une production accrue de métabolites toxiques tels que les aldéhydes et la lipofuscine, un pigment qui se manifeste visuellement par les « tâches de vieillesse », ou lentigos.

L’énergie n’est pas seulement ce qui nous fait bouger ou réfléchir : elle soutient la santé à tous les niveaux. En produisant énergie et CO₂, les mitochondries permettent le maintien et la régénération de notre structure vivante. Quand ce processus d’oxydation contrôlée faiblit, la santé se détériore. Soutenir un métabolisme oxydatif rapide et sans entrave est la clé pour conserver sa vitalité et vieillir en meilleure santé.


Sources

[1] Pontzer, Herman et al. “Constrained Total Energy Expenditure and Metabolic Adaptation to Physical Activity in Adult Humans.” Current biology : CB vol. 26,3 (2016): 410-7. doi:10.1016/j.cub.2015.12.046

[2] Tremblay, A., et al. “Endurance Training with Constant Energy Intake in Identical Twins: Changes over Time in Energy Expenditure and Related Hormones.” Metabolism, vol. 46, no. 5, May 1997, pp. 499–503., doi:10.1016/s0026-0495(97)90184-0.

[3] Daly, W et al. “Relationship between stress hormones and testosterone with prolonged endurance exercise.” European journal of applied physiology vol. 93,4 (2005): 375-80. doi:10.1007/s00421-004-1223-1

[4] Karimi, Reza et al. “Adaptive Effects of Endocrine Hormones on Metabolism of Macronutrients during Fasting and Starvation: A Scoping Review.” Metabolites vol. 14,6 336. 16 Jun. 2024, doi:10.3390/metabo14060336

[5] Atlante, Anna, and Daniela Valenti. “Mitochondria Have Made a Long Evolutionary Path from Ancient Bacteria Immigrants within Eukaryotic Cells to Essential Cellular Hosts and Key Players in Human Health and Disease.” Current issues in molecular biology vol. 45,5 4451-4479. 19 May. 2023, doi:10.3390/cimb45050283

[6] Hedges, S Blair et al. “A molecular timescale of eukaryote evolution and the rise of complex multicellular life.” BMC evolutionary biology vol. 4 2. 28 Jan. 2004, doi:10.1186/1471-2148-4-2

[7] Schmidt, S., Qiao, X. & Bergö, M.O. Effects of antioxidants on cancer progression. EMBO Mol Med 17, 1896–1901 (2025). https://doi.org/10.1038/s44321-025-00269-5

[8] Effects of antioxidant supplements on cancer prevention: meta-analysis of randomized controlled trials

Myung, S.-K. et al. Annals of Oncology, Volume 21, Issue 1, 166 – 179

[9] Piskounova, Elena et al. “Oxidative stress inhibits distant metastasis by human melanoma cells.” Nature vol. 527,7577 (2015): 186-91. doi:10.1038/nature15726

[10] Xiao, Wusheng, and Joseph Loscalzo. “Metabolic Responses to Reductive Stress.” Antioxidants & redox signaling vol. 32,18 (2020): 1330-1347. doi:10.1089/ars.2019.7803

[11] Pérez-Torres, Israel et al. “Reductive Stress in Inflammation-Associated Diseases and the Pro-Oxidant Effect of Antioxidant Agents.” International journal of molecular sciences vol. 18,10 2098. 5 Oct. 2017, doi:10.3390/ijms18102098

[12] Hulbert, A J et al. “Life and death: metabolic rate, membrane composition, and life span of animals.” Physiological reviews vol. 87,4 (2007): 1175-213. doi:10.1152/physrev.00047.2006

[13] Dominiak K, Jarmuszkiewicz W. The Relationship between Mitochondrial Reactive Oxygen Species Production and Mitochondrial Energetics in Rat Tissues with Different Contents of Reduced Coenzyme Q. Antioxidants. 2021; 10(4):533. https://doi.org/10.3390/antiox10040533

[14] Murphy, Michael P. “How mitochondria produce reactive oxygen species.” The Biochemical journal vol. 417,1 (2009): 1-13. doi:10.1042/BJ20081386

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